Poèmes de

TITRE DE PROPRIÈTÈE

 

A la barque abandonnée

Un fil de corde l’attache au monde

L’eau qui la berce et endorme

C’est l’eau qui la démembre

Ce qui reste de la barque

N’est ni lac ni rive;

Seul un corps enraciné de corde

En attendant qu’il se casse

Bouscule

Et attend

Bouscule

Et attend.

 

L’abandon est propriété de la dérive.

 

 

LA NUIT SENTIE

 

Le reptile sait que sa trace mésozoïque

Á l’âge du poème

Le poème n’oublie pas que par les os de ses lettres

Grossit l’amertume du reptile

Le saure

Le lézard

Le monstre rarement émergé

Des catacombes de mers et inframonde

Dans ces empreintes il avertit l’encre du poème

Depuis le premier jour il charge l’appel à l’extinction

Celui qui s’échappe en discrets pas et précipitéeabsence

Une dague et une fuite

Conspirateur de souvenirs

Collecteur d’oublis

 

Le poète est une plaie ouverte sur le tissu du monde

Un citoyen de la mémoire toujours de passage

Un reptile qui construit sur les ruines des jours

Sa morbide perpétuité

Il présage la nuit

Il devra offrir excuses de ses silences,

Et traverser des mers

Pour graver de drapeaux son épitaphe.

 

 

MUER LA PEAU

 

Les pieds de ceux qui viennent de se connaitre

Sont l’orgie de vipères qui se tressent

Et ne ce saisirent pas

 

En douces codes morse

Se demandent choses innécessaires

Du lubrifiant des promesses.

 

Chaque pied est le livre en braille lu par l’autre

Lu et oublié

Se tresse et se détache

 

Si nos pieds rampaient une fois encore sur les pieds de l’autre

Ils seraient encore la bête bicéphale qui galope sur les draps,

Mais ce ne sont pas des mammifères qui galopent,

Sinon des pieds qui rampent et se transmettent du froid.

 

Eux

Serpes méconnues

Qui partagent le changement de peau.

 

  

 

APPARITION AVEC UN POISSON

 

Je viens te rendre visite avec la tête pendue

Je t’ai apportée un poisson

Regarde, un poisson.

Je prends un petit café

Je suis de passage

Je viens rendre visite avec la gorge délié

Pendant que je te parle je la laisserai dans le bocal.

Á propos, jolis poissons

Qu’ils ne voient pas le cadavre que je viens d’apporter.

 

Tes apparitions font peur

Ils racontent que tu couses les yeux aux morts

Et avec leurs cornées tu donnes á manger tes poissons

Que tu voles leur dernière haleine

Et le jettes dans le bocal pour qu’ils deviennent des glaçons

Tu ris!

Quelle effronterie!

Ils parlent aussi d’un pays d’hiver

J’y vais

Pour me décoller les fièvres des os.

 

Ramasse le poisson de la table

Ne le laisse pas là, en vue des poissons

 

Je dois m’en aller

Laissons le café pour la prochaine fois

Quand les poissons seront pêchés

Je t’apporterai comme cadeaux

Les cadavres de futurs hivers.

 

 

 Traduction: Juanita García-Reyes Rôthlisberger 

 


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